L’étincelle
  
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Le regard d’Isabelle s’était un instant dirigé de ce côté, mais il revenait involontairement vers la maison grise, d’apparence très pittoresque et très accueillante sous son revêtement de verdure et de fleurs... La jeune fille s’arracha enfin à sa contemplation et, fermant la fenêtre, descendit rapidement le vieil escalier de pierre construit en spirale. Au bas s’étendait un vestibule haut et sombre, aux murs de granit grisâtre à peine ornés de quelques trophées de chasse. Isabelle tourna avec l’effort l’énorme clef de la porte d’entrée... Le lourd battant clouté d’acier grinça douloureusement et s’ouvrit pour livrer passage à la jeune fille.
Elle se trouva dans l’étroit sentier sur lequel donnait la façade de la maison qu’elle venait de quitter – Maison-Vieille, comme on l’appelait dans le pays. Cette séculaire demeure avait été durant de longues années le patrimoine des cadets de la famille d’Abricourt, dont le château s’élevait à huit kilomètres au-delà. Leur écusson surmontait toujours la porte en ogive et les fenêtres à meneaux en croix, mais le dernier des d’Abricourt avait depuis longtemps disparu. De mains en mains, Maison-Vieille était devenue la propriété de madame Norand... La célèbre femme de lettres y passait régulièrement ses étés et semblait avoir une prédilection particulière pour ce coin de la sauvage Corrèze, et pour cette demeure sévère placée au bord du torrent, dans la grave solitude des landes. Astinac, le village situé sur l’autre rive, la voyait rarement ; elle y était ainsi peu connue et presque crainte des paysans, très intimidés par son aspect altier.
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